Mieux Communiquer pour Prendre sa Place
- David Antunes

- 19 janv.
- 8 min de lecture
Dernière mise à jour : 20 janv.
Oser exister sans culpabiliser
Combien de fois avons-nous mis sous silence ce que nous pensions ? Par peur de déranger, d'être inintéressant, par peur de briller et de faire de l'ombre aux autres, par peur d'être jugé, et au fond, par peur de perdre l'amour.
Dans l'accompagnement que je propose, je retrouve un même poids invisible : s'effacer, taire ses besoins (ou ne pas les écouter), se sentir illégitime à exister pleinement. Nous pouvons être maladroits dans la manière de nous exprimer. Nous souffrons en silence, nous espérons en vain que l'autre devinera, et nous nous oublions... jusqu'au jour où, lassé par la répétition, le corps parle à notre place : C'est le principe de somatisation.
Prendre sa place n'est pas une posture d'ego. C'est une nécessité vitale. Et cela commence par une compétence qui peut paraître simple en apparence : communiquer avec justesse. Avec nous-mêmes d'abord, puis avec les autres.
C'est là que se trouve la source d'une grande partie de nos blocages courants : dans ces silences accumulés, ces besoins auto-censurés, ces communications avortées, comme dans les mots les plus blessants et les non-dits. Nous sommes souvent plus blessés par ce que nous aurions voulu entendre plutôt que par ce que nous entendons réellement. La manière de vivre les choses reste avant tout une perception très personnelle. Il y a trop souvent un décalage entre l’intention du discours et ce que nous en comprenons.
S'écouter soi-même : retrouver l'accès à nos propres désirs
Avant de bien parler, il faut d'abord savoir ce que nous ressentons, ce que nous voulons et ce dont nous avons besoin. Or, beaucoup de personnes ne manquent pas de désirs... elles manquent d'accès à leurs désirs. Mais pourquoi ?
Parce que notre voix intérieure est souvent recouverte par des couches de conditionnements : éducation, attentes familiales, loyautés invisibles, psychosociologie, personnalité, peur de décevoir, normes culturelles… À force de nous adapter, nous finissons parfois par vivre une vie « correcte » , ou plutôt acceptable mais pas forcément la nôtre, c'est à dire celle qui pourrait nous combler. Comme je le dis souvent : « plus vous voulez rentrer dans un moule, plus vous aurez de chance de ressembler à une tarte ».
Ne pas prendre sa place, ou prendre une place pour faire plaisir aux personnes « référentes » (telles que les parents), influence et impacte nos choix de vie les plus importants. Combien exercent un métier choisi pour rassurer un parent, plutôt que pour s'accomplir en choisissant eux-mêmes ce qui leur correspond ? Combien restent dans une relation qui ne nourrit plus, uniquement par peur du vide ? Combien taisent leurs rêves parce qu'ils ne rentrent pas dans le décor ?
Vivre par procuration, c'est laisser l'extérieur décider à notre place de ce qui est bon pour nous. Et tôt ou tard, cela se paie, émotionnellement ou physiquement.
Nous ne sommes pas les autres. Ils agissent en fonction d'eux-mêmes, de leurs propres besoins. Mais qui vous dit que ce qui leur correspond vous correspond également ? Leurs attentes ne sont pas vos besoins. Leur vision n'est pas votre vérité. Il est temps de s'en rendre compte !

S'exprimer : briser le silence qui cristallise
Une fois qu'un besoin devient clair, reste l'étape la plus difficile pour certains : oser le dire.
C'est un fait : les autres ne lisent pas dans nos pensées. Pourtant, nous nous comportons souvent comme si c'était possible. Nous attendons que l'autre devine qui nous sommes, ce que nous ressentons, ce dont nous avons besoin. Et quand il ne devine pas, nous nous sentons incompris, abandonnés, trahis... alors que nous n'avons rien exprimé. Pire, nous reprochons aux autres précisément ce qui nous ne faisons pas, nous parlons alors « d'un effet miroir ».
Ce qui n'est pas dit ne disparaît pas. Au contraire, cela s'accumule. Cela se rigidifie puis cristallise. Et à terme, cela se retourne toujours contre nous. Le non-dit crée un mécanisme bien connu : l'explosion tardive, c'est ce que j'appelle « l'effet cocotte-minute ».
Nous nous taisons pour éviter le conflit, puis un jour, le vase déborde. Les autres ne comprennent pas toujours pourquoi. Ils restent bloqués sur le détail qui vous fait exploser. Mais c'est tout le reste qui sort d'un coup : un déversement d'émotions cumulées, sans nuance, sans forme logique, à première vue. Quel que soit le fond, la forme l'effacera en partie et cela risque d'alimenter encore plus de rejet, d'injustice ou de victimisation. Et cela se transformera en conflit supplémentaire. Ce qui aurait pu être une simple clarification devient un blocage, une blessure durable.
Il y a des mots qui détruisent. Il y a des mots qui guérissent.
Mais mon expérience en tant que thérapeute m'a appris ceci : les mots sont capables de laisser des traces plus difficiles à effacer que les coups, des blocages profonds et durables, qui demandent une démarche thérapeutique pour être libérés.
La différence ne tient pas seulement au « fond ». Elle tient à la maturité du moment, au choix de la forme, au courage d'avoir parlé avant l'orage.
Demander clairement : sortir des scénarios imaginaires
S'exprimer est une étape. Savoir demander en est une autre. Beaucoup de souffrance relationnelle vient d'un piège simple : nous fabriquons des scénarios qui s’effondrent.
Le fameux : « Je pensais que... » que je conseille de bannir directement de votre vocabulaire ! Nous pensions que l'autre comprendrait. Nous pensions qu'il ferait « logiquement » ce que nous attendions, comme nous le ferions. Nous pensions que nos gestes, nos comportements seraient interprétés comme nous l'avions imaginé. Mais nos évidences ne sont pas universelles. Nous avons nous-mêmes créé notre souffrance à cause de nos attentes.
Notre sens moral, nos valeurs, notre idée du « bien » ou du « juste » sont des filtres subjectifs, propres à chacun. Ce qui paraît évident pour nous peut être flou pour l'autre. Ce qui ressemble à une attention peut être vécu comme une intrusion. Ce qui est prioritaire pour nous peut être secondaire pour notre interlocuteur. Ce décalage vient souvent de nos histoires, de nos repères et de nos styles de communication. Ce sont également des différences que nous pouvons constater entre les femmes et les hommes : nous fonctionnons différemment !
Apprendre à demander clairement, c'est arrêter de faire des suppositions, arrêter de projeter, et commencer à construire du réel, de façon plus factuelle et rationnelle. C'est l'une des bases les plus solides de l'accomplissement personnel.
Assumer sa responsabilité : sortir du rôle de victime
Bien communiquer, c'est considérer que la communication va dans les deux sens, entre l'interlocuteur et soi. C'est aussi accepter une réalité : nous avons un impact sur tout notre environnement. Chaque parole, chaque pensée, chaque intention produit quelque chose autour de nous.
Rester coincé dans une posture de victime (comme rester dans le déni) peut soulager sur l'instant, mais cela enferme sur le long terme : le même scénario se répétera encore et encore, avec d'autres visages. C'est l'effet de cycle universel répétitif.
Les mots mal utilisés laissent des traces. Le silence aussi blesse : dans le non-soutien, dans le manque d'expression d'amour, dans l'absence de ces gestes et paroles qui témoignent. Ils plantent des peurs, créent des blessures qui se transformeront en manque de confiance et carence de légitimité. Et parfois, nous reproduisons sur les autres ce que nous avons nous-mêmes subi, sans même nous en rendre compte.
À l'inverse, choisir consciemment nos mots, c'est devenir un facteur d'élévation. Prendre sa responsabilité, ce n'est pas se punir, c’est se choisir. C'est reconnaître notre pouvoir et décider d'en faire quelque chose de plus juste pour soi.
L'estime de soi : le socle invisible de toute communication
Pourquoi est-ce si difficile de poser une limite ?
Pourquoi avons-nous tant de mal à dire non ou simplement exprimer nos besoins ?
Pourquoi préférons-nous souffrir plutôt que déranger ?
Souvent, parce que l'estime de soi est fragile. Si nous ne nous sentons pas légitimes, nous parlons en nous excusant d'exister. C’est souvent en lien avec des blessures de « rejet », datant de la petite enfance. Si nous ne nous aimons pas suffisamment, nos besoins nous semblent non légitimes. Et nous appelons ça « être gentil » ! La vraie maturité n'est pas de devenir dur ou égoïste. Tout est question d’équilibre et les problèmes d’estime et d’expression, justement, montrent qu’il y a un déséquilibre. Ce sont des objectifs à atteindre : Être bienveillant sans être effacé, respecter l'autre sans s’oublier, donner sans nous vider.
Rappel utile : « gentil » n'est pas un métier. Et nous ne sommes pas des serpillières. Mais le respect commence à l'intérieur, et si vous ne vous respectez pas, pourquoi les autres le feraient ?
Vouloir plutôt que devoir, pour retrouver l'élan vital
Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi vous faites ce que vous faites ? Pas dans les grandes lignes, mais au quotidien, dans les petites et grandes décisions. Êtes-vous guidé par un désir authentique ou par une série d'obligations que vous avez fini par accepter comme une fatalité ?
Beaucoup de personnes que j'accompagne vivent sous le poids de « je dois ». Et au fil du temps, cette accumulation de devoirs plus ou moins conscient finit par créer un épuisement profond, une perte de sens, une déconnexion de soi.
Car il y a une différence fondamentale entre agir par contrainte et agir par choix. Entre survivre et vivre. Entre subir sa vie et la créer. Et cette différence commence par une prise de conscience simple mais radicale : tout ce que nous faisons « parce qu'il faut » nous coûte une énergie considérable, alors que ce que nous faisons « parce que nous le voulons vraiment » nous nourrit. Bien sûr, il existe de vraies obligations. Mais pour tout le reste… avons-nous réellement choisi ? Il existe une différence fondamentale entre :
« Je dois » → contrainte, pression, obligation
« Je veux » → choix, direction, énergie propre dans l’action
Notre société fabrique des vies pleines de contraintes, et ce dès la petite enfance. Par exemple : « il faut réussir, il faut être à la hauteur, il faut se battre pour réussir, il faut assurer son avenir, il faut donner une bonne image, il faut être sage…il faut, il faut, il faut… » il faut arrêter de dire il faut ! Mais une vie construite sur l'obligation finit par étouffer l'élan vital.
Le changement durable ne naît pas de la culpabilité. Il naît d'un désir clair : la volonté de reprendre sa place, remettre de la vérité dans sa parole, retrouver de la cohérence dans ses relations. Et ce désir doit venir de l'intérieur, pas d'une obligation de plus imposée par l'extérieur.

Prendre sa place : un acte de courage et d'amour
Prendre sa place, c'est accepter d'exister pleinement, parce qu’une personne qui ne s’exprime pas, est une personne qui n’existe pas ! Prendre sa place, c'est oser. Oser dire, oser demander, oser poser des limites, oser être responsable de son impact. Sans devenir agressif, sans devenir froid, simplement avec fermeté, humanité, présence, c’est ce que nous appelons « l’ancrage » ! Ce n'est pas un acte d'égoïsme et encore moins de l’égocentrisme : c'est un acte de courage. Parce qu'il faut du courage pour sortir des conditionnements, pour briser le silence, pour assumer le risque de décevoir parfois. C'est aussi un acte d'amour, une déclaration envers soi-même. Parce qu'une personne qui s'oublie finit par s'effacer. A l'inverse, une personne qui prend sa place devient un repère. Elle montre qu'il est possible d'être soi-même, sans écraser, sans se trahir. Mieux communiquer pour prendre sa place, c'est sortir de la survie relationnelle pour entrer dans une vie plus juste, alignée avec soi. C’est faire le choix de vivre plus aligné dans sa vie quotidienne.
Pour aller plus loin
Cet article s'inscrit dans la réflexion que je partage dans mes stages et formations autour de l'accomplissement personnel, de l'estime de soi et de la communication consciente. Si ces thèmes résonnent en vous, si vous sentez que le moment est venu de changer votre manière d'être en relation, je serai honoré de vous accompagner. Je vous propose un stage sur ces thèmes à partir de fin janvier.
David Antunes
Formateur, thérapeute holistique Team de Lumière





Un texte d’une grande justesse, à la fois profond et remarquablement accessible.
Tu mets des mots précis sur des mécanismes que beaucoup vivent sans parvenir à les nommer : le silence, l’auto-censure, la confusion entre être gentil et s’oublier, entre communiquer et se taire pour éviter le conflit.
J’ai particulièrement apprécié la manière dont tu relies communication, estime de soi et responsabilité personnelle, sans jamais tomber dans le moralisateur. C’est rare et précieux.
On sent une vraie maturité dans l’approche : humaine, structurée, ancrée dans le réel, loin des discours creux sur le développement personnel.
Un article qui éclaire, qui bouscule juste ce qu’il faut, et qui donne surtout envie d’agir autrement dans ses relations. Bravo pour cette clarté et…